Friday, February 25, 2005

Suisse- Schweiz- Svizzera -CHHHHwitzerland


CH Posted by Hello


Je vis en Suisse depuis plus d'un an à présent. J'ai quitté ma normandie natale, mon Paris d'adoption et mes coeurs...

Janvier 2004 :
1er jour- aéroport de Genève. Je pose un pied dans une flaque de neige fondue, laquelle j’espère baptisera mes pas dans un univers insolite, nouveau et amical… Toutefois la Suisse s’avère vite être un pays comme un autre… excepté peut-être le fait qu’ici je marche la tête levée : A Paris, chaque rue est un terrain miné de déjections canines mais les Suisses, eux, sont respectueux de ces petites choses simples de la vie et j’apprécie.

Mars 2004 :
Voilà deux mois que je suis là et j’avoue avoir des difficultés à créer un réseau social. J’ai beau sourire, tirer les zygomatiques, la seule personne à qui j’ai le bonheur de parler, c’est la caissière de la Migros quand elle me rend la monnaie, la Migros c'est un peu notre Intermarché. Je lui donne d’ailleurs toujours de grosses coupures afin d’avoir l’occasion de rester un peu plus longtemps dans ce cocon chaleureux. Imaginez mon vif sentiment d’appartenance le jour où je ferai l’acquisition de la Super Card de la Coop… (La Coop, c'est Carrefour) Par la grâce divine ou par une succession hasardeuse d’évènements, voilà qu’un beau jour, je parviens à parler à un autochtone. Je saisis cette opportunité (inespérée) et lui demande entre deux banalités, pourquoi il est si difficile de se lier aux Suisses (ce qui est aussi je l’avoue une banalité). Il me regarde de la tête aux pieds… pas farouche…néanmoins méfiant… puis il me répond que c’est simplement parce que je me trouve dans la ville de Bienne, c’est à cause des Suisses allemands, que les Suisses romands eux sont conviviaux et civilisés, pas comme ces Suisses allemands me répète-t-il. J’entendrai un peu plus tard cette même théorie, inversée de la bouche d’un suisse allemand.

Avril 2004 :
Décidément les origines posent problèmes en Suisse : J’ai réussi à me faire apprivoiser (ou est-ce l’inverse) par quelques gens du pays, et l’on me présente à un monsieur qui visiblement n’aime pas mon accent :
-Une française ethnocentriste qui se respecte n’a aucun accent, dis-je en souriant.
Le type ne comprend pas le second degré et me regarde comme si j’étais un individu que la douane aurait du avoir honte de laisser passer…
Je range mon sourire, je décide d’éviter tout degrés, quelque soit son échelle et je lui réponds simplement que je suis française.

-Vous n’avez pas l’air française.
-Mes parents sont berbères du Maroc mais je suis née en France et j’y ai grandi.
-Et alors ? Ca suffit pas pour être française.
-En France, si.
-C’est vrai, me dit-il avec une moue de dégoût, maintenant que vous le dites, vous avez cet accent français, votre façon de parler, de dire les mots…
Sur le coup, je suis prête à en dire des mots et à lui montrer ma façon de parler… quand je saisis l’absurdité de la situation.
C’est bien ma veine. En France, les visages se ferment quand on est arabe, en Suisse c’est quand on est français.
Je suis grillée partout. Et encore, je ne lui ai pas dit que je me sentais avant tout Afro-Européenne…

Mai 2004 :
La rigueur de l’administration Suisse m’impressionne. Le civisme des gens me laisse sans voix. Et la douceur de vivre m’ennivre. C’est aussi bien agréable de prendre le train sans risque de grève surprise.
Si la CFF (transport suisse) est critiquée, c’est que ceux qui s’y emploient non jamais eu à faire aux manifestations massives, colériques et dévastatrices de la SNCF.
Sans oublier les passagers massifs, colériques et dévastateurs de la SNCF.
Les helvètes se plaignent peu. Le râlement est définitivement une Haute Discipline Française, et moi qui ai la réputation d’être une modérée en mon pays, j’ai souvent l’impression d’être ici une anarchiste.

Juin 2004 :
Les beaux jours sont là, sous le soleil, je m’aperçois combien Bienne, la ville où je vis, est cosmopolite.
Je fais la connaissance d’une jeune femme, avec qui je sors parfois. Elle me raconte comme il est difficile de se trouver un homme en Suisse :

-Je n’ai pas de chance, j’attire juste les arabes et je les déteste, siffle-t-elle dans un mouvement de frisson.

Elle remarque mon air « légèrement » stupéfait et croit bon d’ajouter :
-Pas les arabes enfin les autres, ceux qui me dégoûtent, les yougos, tu vois…
Non, je ne vois pas, je n’adhère pas et bluffée, j’en parle à une amie :
-Laisse couler, me dit-elle, c’est qu’une suisse allemande.

Août 2004 :
Mon frère Bachir et Slurg (Courcelles sur Seine et Louviers represent) viennent me rendre visite. Dans un Bar du centre ville, je leur vante les mérites de la vie Biennoise et rabâche à qui veut l’entendre combien je me sens en sécurité et détendue depuis ma venue.
Au même instant, au même endroit, 2 hommes se disputent, se battent et décèdent.
J’ai droit depuis aux sarcasmes de mon entourage, ayant brisé définitivement dans leur esprit l’image d’une quiétude Suisse.

Septembre 2004 :
Si les français et les yougoslaves sont peu populaires, je m’aperçois que ce pays est en cruel manque d’exotisme. Etant donné que ma peau mate évoque peu les campagnes normandes, on me prend souvent pour une brésilienne.
Si à Paris, c’est le plus beau des compliments que l’on puisse faire à une fille, on m’explique rapidement qu’en Suisse c’est l’évocation d’une sexualité cheap, facile et tropicale.
Furieuse que l’on m’envisage ainsi, je suis alors tiraillée entre le désir de défendre la dignité de la gente féminine brésilienne et celui de revendiquer fièrement, dans un élan d’ego, mes origines berbères. Beaucoup plus réservés que leurs voisins gaulois, mes prétendants se limitent donc, pour la plupart, à de vieux lubriques célibataires enhardis pensant me faire une faveur en s’approchant de moi et croyant m’attirer misérablement avec une carte de résident.
Ils auront comme réponses ma nausée et ma pitié.
Je comprends à ce moment que la beauté du paysage compense la laideur d’âme de certains.

Octobre 2004 :
Je maîtrise à présent toutes les nuances de la langue française suisse : Par exemple, je ne réponds plus réconfortante et rassurante « n’ayez pas peur » quand une dame me demande s’il elle « ose » emprunter mon stylo. Je comprends juste qu’elle me demande la permission. Et j’ai aussi perdu l’habitude franco parisienne de sortir « armée » le soir. J’ai rangé mes petits tournevis et bombes lacrimo au placard et je perds sensiblement ma paranoïa que je croyais pourtant innée.
La Suisse, c’est certain, ça m’adoucit.

2 Comments:

Blogger Breizhine said...

Bravo,
je suis venue voir ton blog apres le commentaire sur routard.com.C'est joliement écrit et surtout....très juste. je suis bretonne-irlandaise arrivée en Suisse depuis 6 ans maintenant et ce que tu décris correspond exactement aux sentiments que j'ai eus, c'est bizarre de voir écrit par quelqu'un d'autre ce que vous ressentez vous même...ça touche. alors je n'ai pas résisté à laisser une petite empreinte pour te dire de continuer. cordialement. Breizhine (breizhine@hotmail.com)

11:11 PM  
Anonymous Anonymous said...

salem alaykum

macha Allah ,j'aime ta facon d'écrire...comptes-tu sortir un livre un jour incha Allah?...ça me ferait plaisir de te lire incha Allah
que deviens-tu aujourd'hui ? tu n'as plus intervenu depuis 2006...

beloumchirine@hotmail.fr

donne-moi de tes nouvelles incha Allah

qu'Allah te preserve amine

2:11 AM  

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